Des politiques bien peu durables dans l’Auxerrois…

A l’occasion de la semaine du développement durable 2006, chacun (élu, administration…) y va de son couplet pour dire, oh combien, il  œuvre pour cet objectif bien intentionné, consensuel et passe-partout. Cependant la réalité du terrain est toute autre, et nous avons quelques exemples dans l’Auxerrois:

- Un traitement des déchets ménagers (25 000 tonnes dont 6 000t  environ des déchets verts et fermentescibles) et un site d’enfouissement dans l’Auxerrois qui se font attendre. « Hors clous » dans les exigences de la loi de 2005, le Préfet ayant tiré aussi la sonnette d’alarme, la CCA a choisi d’aborder directement le problème, cependant elle se fait attendre : une partie de nos élus ayant été très contrariés dans leurs préférences incinératrices, leurs cogitations concrètes semblent gelées… Il s’agit de choisir un traitement et un site d’enfouissement des ultimes. En attendant la tonne enfouie à Pien, site privé appartenant à la SITA (groupe Lyonnaise-Suez), nous coûte 55 € la tonne (sur les 140 € du total). Ce marché de l’enfouissement est juteux et on voit donc ainsi actuellement fleurir plusieurs projets de décharges privés dans le centre Yonne…

-          Une station d’épuration, qui après moult périples ayant retardé sa réalisation (finalement les gros industriels Yoplait et Amora ont opté pour leur propre épuration), reviendra à sa taille « naturelle » de 85 000 équivalents habitants, et un coût de 20 millions pour son lot principal (+

10 M

pour les lots annexes). Cependant, nos élus du syndicat (SITEUA) ont choisi le séchage thermique des boues (8 500 tonnes à 80% d’humidité) au gaz, au fuel ou au bois, « l’option des verts ». Le procédé le plus cher parmi la panoplie présenté par les industriels du secteur (l’oligopole de l’eau), ceci nous coûtera 3,3  millions parmi les

20 M

prévus…

Chose étrange, il se trouve qu’on peut se passer de ce séchage thermique et du gaspillage énergétique ainsi que de sa note  - qui ne pourra qu’augmenter- par des procédés du type compostage des boues qui n’utilise pas d’énergie (le syndicat dès le départ avait choisi de ne pas l’étudier… !) en milieu confiné, coûtant 50 à 60 % moins cher (en investissements et encore beaucoup moins en fonctionnement), labellisable, ce qui permettrait aussi de nous affranchir de l’épandage uniquement agricole et utiliser, par ailleurs, les déchets verts produits dans la CCA…

Exemple ; le procédé installé l’année dernière par la ville de Montauban (après celle de Saint Jean d’Illac en Gironde) et traitant 12 000 tonnes des déchets par an dont 9 000 de boues et 3 000 des déchets verts. Ce procédé, avec la plateforme de compostage de la Communauté de l’agglomération d’Agen son programmés dans les visites des prochaines Assises nationales des déchets ménagers du 27 au 29 juin prochain à Agen, présidées par

la ministre Nelly

Ollin.

-          L’absence d’un Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT) de

la loi de

Solidarité et Renouvellement Urbains (SRU) qui remplace l’ancien Schéma Directeur de l’Urbanisme, caduc,  et qui doit s’établir à l’échelle de l’Aire urbaine auxerroise (85 000 habitants), traitant du contenu et de la cohérence des volets de l’urbanisme, de l’habitat, des déplacements, des zones d’activités, des équipement commerciaux…

Document obligatoire et opposable mais « oublié » de sa réalisation par nos élus, une absence produisant donc quelques perles :

Ä  Une zone d’activités à Venoy, qui ne correspond à aucune vision d’ensemble concernant les zones d’activité de l’auxerrois. Fondé sur une étude locale indigente et une autre, introuvable pour les Associations, au Conseil Général. Le territoire du sud auxerrois est menacé par le mitage provoqué par une suroffre des terrains d’activités poussant vers le bas de gamme et peu créatrices d’emploi (voir les études de l’INSEE et de la DDE),

Ä  Une situation du logement social, égoïste et concentrée, qui persiste : 90% des logements sociaux sont situés dans la ville d’Auxerre,

Ä Un train, équipement majeur de connexion aux réseaux, qui faute d’électrification, de réponses à sa sécurité (voir le rapport d’audit du Réseau Ferré de France), des exigences environnementales (pollution du diesel) et de sa faible fréquentation (concurrence routière) finira par disparaître d’Auxerre,

Ä       Une Déviation Sud (*) qui est tout sauf un projet de « développement durable » pour notre poumon vert du sud auxerrois (un pont 2 fois deux vois, une route idem, comme au Nord, etc), comme ils ont oublié de le dire dans la grande messe médiatique de l’Agenda 21 de la mairie d’Auxerre lundi 29 dernier.

Encore une fois, ce projet est sur dimensionné et le plus cher de ceux présentés et arrêtés en 1999. Sur la base des conceptions des années 80 : loi foncière de 1967, sans lien réel entre urbanisme, habitat, transport, etc. il ne correspond plus aux obligations de

la loi SRU

ni aux conceptions actuelles d’urbanisme sur la gestion du trafic : il est cependant relancé.

Ce projet de déviation, qui prend comme alibi la nécessité, bien réelle certes, de sortir le trafic de grand transit de la ville (environ 7 000 véhicules dont 17% des camions) 

●   Correspond t-il à une vision d’ensemble du territoire ? ,

●   Correspond t-il aux vrais besoins des habitants pour leurs déplacements domicile – travail – services - commerces, à l’échelle de l’Aire urbaine auxerroise ?

●   Qu’en est –il du grand vide démocratique ? : aucune consultation de la population ni des associations effectuée depuis son initialisation en 1991 et son lancement en 1995…

●    Y a-t-il eu une quelconque contre - expertise ?

Et pour finir,

-          Un empilement des structures et des responsabilités dans les collectivités locales (avec son surcroît des dépenses de fonctionnement) : par exemple, l’existence d’un Syndicat d’Epuration (SITEUA), composé de 5 communes ( regroupant 80% des habitants des 65 000 habitants de la Communauté de Communes de l’Auxerrois. Cette dernière s’occupant de l’eau potable mais pas de l’assainissement, chaque commune gérant par ailleurs ses réseaux de collecte…, mais finalement un usager de l’eau qui reçoit une facture unique - avec la part pour chaque collectivité – activité et aussi une feuille d’impôts unique …

Cette empilement montre labsence d’une structure d’action et de réflexion globale pour des orientations et des projets vraiment « durables » à cette échelle : voir les bagarres lamentables autour de la construction d’une agglomération auxerroise, au point mort actuellement…Nous sommes ainsi vivement encouragés à rentrer dans la diagonale du vide français (des Ardennes à l’Ariège) si bien décrite dans les livres de géographie…

Beaucoup de nos concitoyens se rendent bien compte de ces situations et réagissent, quand même, à leur échelle. Il faut ainsi continuer à encourager les initiatives pour une démocratie locale et globale de participation et de contrôle, concrète, si l'on ne veux pas avoir des petits matins qui déchanteront.

(*) Notre Association reviendra très prochainement sur le projet de

la Déviation Sud

et son caractère inacceptable.

Auxerre, le 2 juin 2006

AVITEC

Association Villes et Territoires de l’Yonne

Démocratie – Ecologie – Aménagement du Territoire – Solidarités

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