Affiche_26mai_marée Clermont-F - Copie

Plusieurs centaines de personnes ont défilé sous une chaleur accablante, samedi dans les rues d’Auxerre. Il n’y en avait pas assez mais l’important n’est pas là.

Depuis des années, on entend le reproche récurrent selon lequel les contestataires – toujours les mêmes diront certains – ne savent pas faire autre chose que des grèves et des manifestations qui embêtent tout le monde ; surtout les grèves. On ne peut pas entendre ce reproche et, en même temps, essuyer les quolibets qui font remarquer qu’il n’y a pas grand monde et que le coefficient de la « marée populaire » était faible. S’il est important de faire du nombre, ça ne doit plus être le paramètre de référence ni une fin en soi. Nombre de gens ne peuvent pas descendre dans la rue ou, comme en province, se rendre au chef-lieu pour manifester devant la préfecture. Est-ce pour autant que tous ceux qui sont restés chez eux approuvent, globalement, la politique gouvernementale ?

La réponse est dans la question. Depuis l’élection du Président Macron, des choses ont changé dans la manière de faire de la politique. Son succès, à partir de rien quelques mois auparavant, et le succès du mouvement France Insoumise (Fi) montrent que les vieux schémas sont dépassés et les partis politiques dits « de gouvernement » sont renvoyés à la périphérie de la vie politique ; quand ils existent encore.

 

Les grandes manifestations du mois de mai ont mis en avant de nombreuses organisations qui se sont retrouvées, ensemble, pour la première fois. À côté des partis politiques et des syndicats qui, pour la première fois, défilaient ensemble et sur un pied d’égalité, se trouvaient de nombreuses associations, ONG, fondations, groupes informels et autres.

Cette mobilisation sans précédent, après seulement un an de gouvernement impulsé par le Président Macron, ne doit pas être prise à la légère et le nombre ne doit pas faire illusion. Le signal fort, envoyé par les participants, est un avertissement sans précédent dans une démocratie comme la France. Le pouvoir aurait tort de tabler sur une démobilisation à venir avec la Coupe du Monde de football et les vacances qui vont suivre. L’intérêt momentané pour des divertissements ne signifie pas approbation de la politique menée.

Le député Ruffin, initiateur de la grande manifestation nationale du 5 mai, parle de « convergence des causes » et « d’alliance des luttes ». Ce sont ces mouvements qui vont s’amplifier tant le pouvoir dit « jupitérien » restera sourd aux clameurs que sa politique suscite.

 

https://reporterre.net/Francois-Ruffin-L-enjeu-est-de-sortir-les-gens-de-la-resignation