Le 9 janvier 1905 disparaissait la grande Louise MICHEL

 

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Le système n'a de cesse de mettre en avant des célébrités, des icônes devant lesquelles chacun doit s'incliner. Des intellectuels, politiques, écrivains, sportifs, artistes participent volontiers à la mécanique médiatique qui infantilise la population pour mieux la contrôler.

 

Pour trouver une véritable figure de proue de la démocratie, il faut remonter loin dans l'histoire du peuple français.

 

Louise Michel naquit le 29 mai 1830 à Vroncourt-la-Côte (Haute-Marne).

 

« Fille naturelle d'un châtelain et d'une servante, dans la Haute-Marne, elle devient institutrice. À Paris, à partir de 1865, elle se lance dans l'action aussitôt que la Commune est déclarée. Amoureuse de Théophile Ferré, l'un des plus intransigeants Communards, elle secourt les blessés, fait feu sur les barricades, signe des articles dans Le Cri du peuple (sous le pseudonyme d'Enjolras). En réalité, elle ne joue aucun rôle important pendant la Commune. C'est son procès à Versailles, en décembre 1871, où elle est théâtralement vêtue en veuve (veuve de Ferré, fusillé), un voile de crêpe sur le visage, qui la fait entrer dans la légende. Victor Hugo lui consacre un poème : Viro Major.

 

Déportée en Nouvelle-Calédonie, elle s'affirme anarchiste. Elle avait sans doute été anarchiste d'instinct pendant la Commune, mais dans l'exil, elle va devenir anarchiste consciente.

 

«Il fallait regarder en face l'échec de la Commune, écrit-elle. Et c'est durant ce voyage que je suis devenue anarchiste. J'avais vu à l'œuvre mes amis de la Commune, si honnêtes qu'en craignant d'être terribles, ils ne furent énergiques que pour jeter leurs vies. J'en vins rapidement à être convaincue que les honnêtes gens au pouvoir sont aussi incapables que les malhonnêtes sont nuisibles. Il est donc impossible que la liberté s'allie jamais avec un pouvoir quelconque.

 

«Si un pouvoir quelconque pouvait faire quelque chose, c'eût été la Commune, composée d'hommes d'intelligence, de courage, d'une incroyable honnêteté [...]. Le pouvoir, incontestablement, les annihila [...]. C'est que le pouvoir est maudit, et c'est pour cela que je suis anarchiste.»

 

Anarchiste, donc, pas seulement par opposition au pouvoir «bourgeois», mais en opposition à tout pouvoir, de droite ou de gauche. En Nouvelle-Calédonie, elle entreprend l'alphabétisation des Canaques, revient en France en 1880, après l'amnistie générale, et anime d'innombrables meetings. La foule afflue à ses conférences. Elle publie des poèmes et des romans. Sa célébrité est immense. On la surnomme «Jeanne d'Arc des barricades», «Prêtresse de la révolution », «Grande druidesse de l'anarchie», «Sœur de charité de la révolution». À la tête de quinze mille manifestants en 1883, elle est bientôt inculpée, avec Émile Pouget, sous le prétexte d'un pillage de boulangerie auquel elle n'a évidemment pas participé, à six années de réclusion. Graciée en 1886 par Jules Grévy, elle est en 1888 blessée à la tête d'une balle de revolver et s'emploie à excuser et à protéger son agresseur.

 

De 1890 à 1904, elle vit en Angleterre où elle fréquente Kropotkine et Malato.

 

Verlaine lui dédie une Ballade en l'honneur de Louise Michel. En 1895, elle fonde le journal Le Libertaire, avec Sébastien Faure, et la Ligue des femmes, «pour l'égalité entre les sexes». Elle y fait l'éloge du célibat et du malthusianisme.

 

Lorsqu'elle n'est pas en prison, la police la surveille en permanence. Affiliée à la franc-maçonnerie, son énergie est intacte malgré l'âge, mais elle se tue peu à peu en tournées de conférences épuisantes.

 

Séverine écrit : «Pauvre fille ! Elle est disgraciée comme la misère, décharnée comme la faim, désexuée par la douleur. On comprend, à la regarder, le drapeau triste qu'elle s'est choisi, étant elle-même un drapeau vivant, avec son maigre corps, qui fait hampe dans les plis flottants de ses vêtements noirs.»

 

Celle que Léon Daudet appelait «une sœur de charité en carmagnole» meurt le 9 janvier 1905 dans une pauvre chambre d'hôtel à Marseille, où l'avait menée sa tournée de conférences.

 

À Paris, cent vingt mille personnes accompagnent son cortège funèbre. Dans la foule, on reconnaît Sébastien Faure, Émile Pouget, Malato, Séverine et quelques survivants de la Commune : Vaillant, Camelinat, Beatrix Excoffon. »

 

Michel Ragon